Par Wack SAINE, Président du GIE I2DS – Interprofessionnel pour le Développement Durable au Sénégal
Dakar, avril 2026
Le projet de budget 2026 du Ministère de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme (MCAT) a été arrêté à 28,9 milliards FCFA, soit près du double des crédits de 2025. Une hausse spectaculaire qui traduit une volonté politique forte de repositionner la culture, l’artisanat et le tourisme au cœur du développement économique du Sénégal.
Pour le seul volet Développement de l’Artisanat, ce sont plus de 4,4 milliards FCFA (4 412 678 326 FCFA en crédits de paiement) qui sont prévus. Objectifs affichés : modernisation du secteur, renforcement des capacités des artisans et promotion du savoir-faire local.
En tant que Président du GIE I2DS, je salue cette augmentation budgétaire. Elle arrive à un moment clé, alors que 2026 est placée sous le signe de l’économie sociale et solidaire et que les Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ Dakar 2026) approchent. Mais au-delà des chiffres, la question centrale reste : comment transformer ces crédits en une véritable transition durable pour nos artisans ?

Les points positifs du budget 2026
- Doublement des moyens : Passer de 14 milliards à près de 29 milliards FCFA pour le ministère montre une reconnaissance claire de l’importance stratégique de ces secteurs.
- Focus sur la modernisation : Réhabilitation des villages artisanaux (459 millions FCFA prévus), renforcement des capacités et promotion des produits locaux.
- Lien avec les JOJ 2026 : Ce budget peut servir à mobiliser les artisans pour des produits éco-responsables, des uniformes, de la décoration et des souvenirs « Made in Sénégal » à faible empreinte carbone.
- Alignement avec la Vision Sénégal 2050 : L’artisanat est appelé à contribuer à l’économie circulaire, à la création d’emplois pour les jeunes et les femmes, et à la valorisation des matériaux locaux.

Les chantiers qui méritent une attention particulière
Malgré cette enveloppe encourageante, plusieurs défis persistent pour que l’artisanat devienne un pilier du développement durable souverain :
- Économie circulaire et matériaux locaux Une grande partie des crédits doit servir à développer des filières comme le cuir et les peaux (avec un potentiel de plus de 130 000 emplois d’ici 2034 selon les projections). Aujourd’hui, plus de 70 % des peaux sont exportées brutes. Le budget doit financer des tanneries modernes, des unités de transformation et la formation à des techniques écologiques (ex. : tannage végétal, réduction des produits chimiques).
- Formation et accompagnement des artisans La modernisation ne doit pas se faire au détriment des savoir-faire ancestraux. Il faut investir massivement dans des formations hybrides : techniques traditionnelles + pratiques durables (énergies renouvelables pour les ateliers, gestion des déchets, certification bio/éco).
- Accès au financement et inclusion Les femmes et les jeunes artisans restent souvent en marge. Le GIE I2DS plaide pour que ce budget intègre des mécanismes concrets de microfinance verte et de soutien aux coopératives.
- Réduction de l’empreinte environnementale L’artisanat peut être un secteur à faible émission si on priorise l’énergie solaire pour les ateliers, le recyclage des déchets de production et les chaînes d’approvisionnement courtes.

Les propositions du GIE I2DS
Pour que ce budget produise des résultats tangibles, nous recommandons :
- La création d’un fonds dédié à l’artisanat vert au sein du MCAT.
- Le lancement d’un programme national de certification « Artisanat Durable Sénégal » pour valoriser les produits sur les marchés locaux et internationaux.
- Un partenariat renforcé entre l’État, les interprofessions (comme le GIE I2DS) et les artisans pour co-construire les projets.
- L’intégration systématique de critères environnementaux et sociaux dans l’attribution des marchés liés aux JOJ 2026.
Passer des crédits à l’impact réel
Le budget 2026 offre une opportunité historique. Mais une enveloppe, aussi importante soit-elle, ne suffit pas. Il faut une exécution rigoureuse, transparente et participative, avec un suivi régulier des résultats sur le terrain.
Le GIE I2DS reste mobilisé pour accompagner cette dynamique. Nous appelons les artisans, les coopératives et les acteurs publics à s’approprier ces ressources pour bâtir un artisanat résilient, créateur de valeur ajoutée et respectueux de notre environnement.
Qu’en pensez-vous ? Les crédits alloués sont-ils suffisants ? Quelles priorités faudrait-il mettre en avant selon vous ?
Je vous invite à réagir en commentaire et à partager cet article si vous êtes acteur du secteur.
Le prochain article portera sur le rôle concret des artisans dans la réussite éco-responsable des JOJ Dakar 2026.
Wack SAINE Président du GIE I2DS – Interprofessionnel pour le Développement Durable au Sénégal



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